mardi 20 mai 2008

Rencontre avec le docteur Clarke...

Arrivé par un frais matin d'hiver à la gare du Nord, ce fut un plaisir pour moi de retrouver l'Agent Complémentaire Principal... Mélie quoi! On part à Londres sur les traces de James Bond, Holmes et autres chiens des Baskervilles, on peut se mettre dans l'ambiance non?

Au terme d'un rapide voyage sans encombres grâce auquel nous avons pu finir notre nuit, la descente de l'Eurostar fut légèrement hésitante à la gare de St. Pancras:
_"T'est sûre qu'on est arrivés?"
_"Ben oui, on est à Londres! Tu veux retourner en France ou quoi?
_"Mais pourtant... il ne pleut pas!".

Après avoir déposé nos affaires dans une auberge de jeunesse en plein Camden, nous avons pu commencer la visite de cette ville, en débutant bien sûr par le musée de Mme Tussaud! Dans le coin il y avait même des gens qui s'étaient trompés d'époque!


Flânants dans les ruelles, nous nous arrêtâmes (Wow, what a curious verb!) devant la vitrine d'un "Oddities Shop".
Ne faisant ni une ni deux (ni trois ou quatre d'ailleurs...), nous entrâmes visiter cet endroit plus qu'attirant!

Rien que le fait de pousser cette porte était un voyage vers le passé. Tout dans cette échoppe était vieux: de la fouine empaillée sur la tablette, à la planche Ouija accrochée au mur (?), en passant par le vendeur ou même la caisse enregistreuse qui faisait "bling-bling" comme dans les films...

L'homme à moitié fossilisé qui se tenait devant nous nous demanda si nous cherchions quelque chose de particulier, ce à quoi nous avons répondu très précisément que nous désirions juste voir quelques choses curieuses...

Il s'en alla dans un grincement arthritique chercher un petit sac sous le comptoir, duquel il tira une ancienne carte zodiacale ainsi qu'un chapelet, un paquet de cartes et une boite de cigarettes ('fou ce que ça contient un si petit sac...).

Cet objet était en réalité un équipement fabriqué par un certain Docteur Clarke dans les années 30.
Après le krach boursier de 1929, celui-ci vit que les gens avaient besoin de repères, et il puisa dans des écrits anciens tels que ceux d'Hippocrate, Galien ou Ptolémée, étudia Sheikh al Akbar, et mêla toutes ces connaissances aux notions contemporaines d'astrologie, de mathématiques et d'astronomie pour fabriquer un outil de divination puissant et fiable que chacun pourrait actionner sans dangers ou rituels compliqués.

Autant dire que prédire l'avenir en ces temps-là était le rêve des milliers de personnes venant de perdre leurs actions, et notre cher Dr. Clarke aurait pu se faire une belle fortune avec son idée.
Cependant, il ne se vendit que quelques kits seulement, la mort ayant emporté le docteur et ses connaissances dans la tombe.

L'antiquité devant moi était assez curieuse: le sac, la boite de cigarettes et la charte numérologique contenue dedans semblaient bien dater des années 30, mais la carte du zodiaque ne semblait appartenir à aucune époque: papier plus vieux que le style du dessin et des connaissances dessinées dessus mais non vergé, mélanges linguistiques étonnants...

Le vieux vendeur nous proposa une expérience, à Mélie et moi même, ainsi qu'au petit groupe de touristes qui nous avaient suivis dans l'échoppe.
Après m'avoir désigné comme volontaire, il me demanda de trouver mon Nombre numérologique avec l'aide de la charte du kit, ce que je fis, et après une rapide addition, j'appris que mon Nombre était le 2.
C'est avec un sourire indescriptible qu'il me laissait lire le nombre qui était déjà écrit sur le bout de papier dans la boite: un 2!

Il décidait donc de continuer l'expérience sur moi, et je me retrouvais alors à mélanger un jeu de cartes, me demandant quel sort allait bien pouvoir me réserver le squelette vivant en face de moi...

Je tirais treize cartes du jeu, les coupa de la main gauche, et les distribuait autour de la carte du zodiaque, une sur chaque maison et la dernière au centre de la roue.

Il commença à retourner les cartes:
_"Vous êtes né en hiver, à la fin de l'hiver..." dit il en retournant 4 cartes.
_"Sur cette carte, je vois que vous êtes né en février..."
Et en me voyant me décomposer devant lui, il continua sur sa lancée:
_"Vous êtes du signe des Poissons, et vous êtes né le 25 février!"

Un drôle de silence pesait au moment où il rangeait son matériel... Cet homme que je n'avais jamais rencontré auparavant venait de me donner mon signe du zodiaque, et ma date d'anniversaire juste en déplaçant des cartes sur cette feuille!

Un des autres mystères de cette histoire est qu'il nous donna l'équipement de lui même, sans qu'on ne le lui demande expressément, et nous mit au pas de sa porte, le tout sans un mot.

Les questions se bousculaient dans nos têtes sur le chemin du retour: Qui était vraiment le docteur Clarke? Qui était le vendeur? Est-ce que cette carte possède d'autres talents cachés?



Wait and see comme ils disent là-bas...




dimanche 27 avril 2008

Le moine au yochi

En route pour le Japon cette fois ! C'est à Koya-san, au Sud-est du pays, que nous avons passé notre séjour. Mais pas dans des hôtels de luxe ou autres chichis bling-bling, non ; en bon voyageurs, nous avons logé dans un monastère.

Là-bas les moines étaient bouddhistes ; pratiquant intensément la méditation, ils en ont profité pour nous apprendre quelques bases spirituelles. L'un d'eux nous a même confié combien la méditation avait accentué certaines facultés extra-sensorielles en lui, si ce n'était carrément paranormales ... ne le croyant pas tout à fait, nous demandions à voir.

Il a alors griffonné sur un morceau de papier (papier de bambou, typique du coin semblait-il, miaaaam ...) quelques mots en kanji. Le kanji est le caractère japonais ; nous étions bien avancés ... impossible de lire ce qu'il appelait "yochi", comprenez par-là, prédiction.
Lorsque nous avons essayé de lui faire savoir, gênés, que nous ne pouvions pas comprendre ce qu'il avait écrit, il a hoché la tête, comme s'il s'y attendait.



C'est pourquoi il a commencé un petite démonstration ... de transmission de pensée.Il nous a dit qu' il voulait nous apprendre le japonais ... ben bon courage coco ... "muzukashi sugimasu" comme on dit, c'est trop difficile ... nous nous sommes installés sur un tatami pour commencer l'expérience.

Avec un français maladroit, il a déclaré que le yin-yang était un exemple parfait de communication extra-sensorielle. Dans chaque yin il y avait un yang, et dans chaque yang il y avait un yin. D'où la présence d'un petit point de la couleur de l'autre dans chacun des deux. Et, comme le yin-yang, il pouvait faire partie de notre esprit, le temps d'une transmission de pensée. Il nous a pris les mains ; à ce moment-là, une chose étrange s'est passée en nous, comme si notre tête s'embrouillait ...

Il nous a alors présenté un éventail de cartons, type cartes de poker, mais avec un dos noir et un point blanc au centre. Le yang. Il nous l'a donné à examiner ; il y avait sur chaque carte un kanji différent, qui représentait un mot précis, avec sa signification sous forme de petit dessin dans le coin. Puis il nous a tendu un autre paquet de cartons, à dos blanc avec un point noir au milieu, c'était le yin. Sur la face de chacune de nos cartes était dessiné un des mots qui correspondaient à un kanji du yang ; ainsi, il y avait un soleil, un homme qui parlait, la date d'aujourd'hui, et d'autres dessins encore ...

Le moine était le Yang, et nos étions le Yin. Il nous a demandé de choisir, dans nos cartes, un des dessins, et de le poser face contre le tatami. Puis, sans même jeter un coup d'oeil à son jeu de yang, il a déposé l'une des siennes contre la nôtre. Il nous a demandé de renouveler l'opération plusieurs fois, alignant les cartes sur le tatamis.

Puis il a retourné toutes les cartes. Surprise ! chaque carte du yin correspondait à la cart du yang posée au-dessus ! Mais, mieux que ça : alignées, les cartes formaient une phrase en kanji ...

Il l'a lue à voix haute : "Kyou, anatatachi wa nihongo o hanashimasu" : "dès aujourd'hui, vous parlez japonais".

Nous avions, sans le savoir, formé une phrase japonaise, qui n'était autre que la prédiction du moine ... il avait bel et bien contrôlé notre esprit !

Personnellement, j'essaierai de le faire sur mes parents, j'ai bien envie de leur faire dire qu'ils m'autorisent à aller en boîte toute la nuit ...

mardi 15 avril 2008

Melting-pot!


Si certaines rencontres peuvent être le fruit du hasard, d'autres sont recherchées et organisées longtemps à l'avance.

C'est le cas des Jamboree scouts : des rassemblements de milliers de scouts du monde entier, favorisants les rencontres entre jeunes ayant un même idéal.

Avant de continuer ce récit, je voudrais juste écarter quelques clichés souvent véhiculés par les médias ou autres. L'Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS) est basée sur des principes humains définis par les Droits de l'Homme aux Nation Unies, et permet à tout jeune, sans distinction d'origine ou de croyance, de participer à des projets à buts humanitaires, à se développer par soi même. Cependant, certains mouvements semblent scouts, mais ne sont pas reconnus par l'OMMS, tels que les "Scouts d'Europe", "Scouts Unitaires"... Quand on pense à l'image du scout militaire ultra-catholique, c'est vers ces groupes qu'il faut se diriger, pas vers l'OMMS.

Lors de l'été 2007, l'OMMS à organisé un jamboree (rassemblement) pour célébrer le centenaire du mouvement fondé en 1907 par Lord Baden-Powell, et auquel participèrent 40 000 jeunes de 158 pays, et auquel j'ai eu la chance (avec notre groupe) d'aller.

Fallait s'imaginer, planter sa tente et monter le matériel dans une plaine, entourés d'un coté par des Portugais, de l'autre par des Chinois, avec des Américains derrière et des Indonésiens devant !

Une ville est née le temps du camp, avec ses supermarchés, son hôpital, son aérodrome, cinéma, scène géante...

Un espace "foi et croyances" a été crée au vu de la multiethnicité du rassemblement, et comportait un temple bouddhiste, un lieu pour les catholiques et les musulmans, une "synagogue", un temple protestant...

Voulant découvrir un peu ces religions exotiques, je participais à une "messe » Won bouddhiste : yeux fermés assis sur des coussins à écouter des percussions, dans l'odeur des encens... Relaxant ! Je me demande encore comment les catholiques sont arrivés étendre leurs offices tristes et ennuyeux avec de pareils concurrents !

On a pu faire la connaissance avec quelques personnes, et je reçus alors d'une fille un petit porte-bonheur en macramé en forme d'homme, un "Wonmani". Les six nœuds représentent les six sens de l'être humain (les 5 sens habituels + l'esprit). A chaque fois que l'ont fait une bonne action grâce à l'un de ces sens, il faut remonter le corps le long du fil, le faisant ainsi se rapprocher de la tête. Cet objet est sensé être un conseiller auquel on peut se fier en cas de confrontation à un choix.

Le soir même, nous partagions le dîner avec quelques uns de ces gens-là, et j'en étais venu à leur faire quelques tours de magie avec ce qui trainait sur la table : salières, couverts, jeux de cartes...

En plein milieu du tour de cartes, une bourrasque de vent fait tomber le jeu et par la même occasion le tour à l'eau... A ce moment, la fille de l'après-midi me dit tout naturellement :

_ "Bah, t'a qu'à utiliser le Wonmani, je te disais que c'était un conseiller-porte bonheur...".

Peu convaincu, je tirais le Wonmani de ma poche et espérait de toutes mes forces que ce sac de nœuds marchait vraiment, même s'il faudrait plutôt s'appeler Bouddha pour retrouver cette carte...

J'ai ramassé le jeu, je l'ai étalé, et pioché dedans quelques cartes au hasard, laissant l'intuition me guider...

Certaines tombèrent, et je ne gardais au final que deux cartes, posée côte à côte face en bas sur la table.

A ce moment, elle demanda à prendre le Wonmani, et le donna à quelqu'un qui passait en lui demandant de designer une des deux cartes, ce que la personne fit avant de s'en aller comme elle était venue.

Elle me nomma sa carte, et retourna celle désignée : elle correspondait !

L'arroseur arrosé ! Autant dire que depuis cet épisode, je garde bien précieusement ce tas de fil que j'aurais probablement jeté sinon. Comme quoi se fier à ses préjugés mène souvent sur de fausses routes.


mardi 8 avril 2008

Exotisme parisien...

Une petite anecdote au passage, comme quoi on n'a pas besoin de partir au bout du monde pour voyager...

Trainant au "dépôts-ventes" habituel où on peut dénicher des drôles de choses de temps à autres, j'arrive au moment où un homme vient déposer une petite boite. Son accent et son apparence me laissait penser que cet homme était Indien, Népalais ou Birman.
La boite qu'il apportait m'attirait, un joli petit écrin indien en os, aux ferrures en laiton repoussé, tapissée de velours mauve. Elle contenait aussi deux pierres sphériques, une onyx noire, et un quartz très blanc.



L'homme se proposait pour "sonder mon état psychologique". Il me demanda de refermer ma main sur les deux pierres, et avec celle qui me restait de libre, de choisir une des deux à l'aveuglette.

Je sortis la blanche. Il me restait l'onyx noire, qui, d'après l'homme traduisait mon âme tourmentée... Mouais... à part un colis qui n'arrivait pas, rien ne me dérangeait plus que cela...

L'homme insista pour m'aider, et il commença à secouer doucement la bille blanche qui noircit à vue! Il me laissa la blanche, qui maintenant était à la place de la noire dans ma main, en me gratifiant sympathiquement d'un "Voila, tes prRRroblèmes sont rRrréglés maintenant".

Impressionné par la scène qui se joua devant moi, j'achetai directement la boite à cet homme, à défaut de servir de talisman, ça fera un bel objet pour décorer!

Au moment ou j'arrivais devant chez moi, une fourgonnette jaune pila et un homme en casquette en sortit:
_"Un-colis-prioritaire-pour-vous-veuillez-signer-ici-merci-au-revoir", lâchait-il d'un souffle avant de repartir aussi vite qu'il est arrivé.

Finalement, je vais considérer un peu plus ces pierres...


Veillée kirghyze


Avez-vous déjà ressenti le sentiment de « déjà-vu » ? Vous savez, ces scènes que dont on semble avoir déjà rêvé. Certains disent que c’est un décalage entre deux zones du cerveau, d’autres appellent ça un rêve prémonitoire...


Cet été, nous sommes partis dans un pays peu connu pour y faire de la randonnée : le Kirghizstan.
Un petit pays d’Asie centrale, la steppe à perte de vue, des montagnes, des chevaux partout, des grands espaces vides, et puis çà et là quelques yourtes, signes d’une présence nomade. Les trafics entre la Russie, la Chine et l’Ouzbékistan ont peu à peu changé les gens là-bas. Mais ils ont tous, et surtout les plus anciens, gardé leurs traditions chamaniques.

Ce jour-là, arrivés après une longue route à dos de cheval, nous avons passé la nuit en compagnie de nomades, dans la province de Naryn, sous le lac Issyk-Koul et au dessus de la chaîne des Monts Célestes. Autant dire qu’il n’y avait rien ni personne à moins de 2 jours de cheval…

Recevoir des gens était chez eux le moyen d’obtenir des nouvelles du monde. Nous avons partagé leur repas, leur veillée, et nous avons discuté jusque tard le soir.
Toute la famille était devant nous qui étions assis à la place d’honneur, en face de l’entrée, disposés en rond dans la pénombre. Le silence régnait à l’extérieur. Les questions fusaient « Est-il vrai qu’en France on voit la trace des avions dans le ciel ? », « Est-il vrai que la majorité des gens ne savent pas monter à cheval chez vous ? »…


Après avoir été « auscultés », nous voulions en savoir plus sur nos hôtes. A ce moment, ils se remuèrent et demandaient tous la même chose à la « maîtresse de yourte » : « Istoria, Istoria,Istoria... » phonétiquement, qui voulait dire «l’histoire » en russe.

Celle-ci s’avança un peu. Le silence était retombé. Commença alors son récit, celui de son père et d’une rencontre qu’il a faite dans le passé.


Ça se déroulait dans les années trente. Un homme étranger, un américain, remontait par la route de la soie vers l’Europe et demanda l’hospitalité à cette famille.
Il était visiblement perturbé, car depuis qu’il avait quitté la Chine, il avait subi beaucoup d'impressions de « déjà-vu » en peu de temps.
Le soleil couchant projetait sur la masse blanche du Khan Tengri sa lumière rouge sang, mauvais présage d’après les locaux.

Il fut accueilli chez le père de la vieille dame en face de moi, et lui relata ses états d’âme. Le père lui parla des légendes de la région. D'après lui, l’américain était sous l’influence des dragons des Monts Célestes. Ces paroles parurent bien étranges à l’étranger, qui aimait bien les légendes mais seulement pour leurs qualités distrayantes. Pour les Kirghizes, les dragons sont des créatures possédant tout le savoir du passé ou du futur, ils sont omniscients. Il proposa alors à notre voyageur de tirer dans son propre jeu quelques cartes.

Pendant ce temps, le vieux nomade mélangeait diverses essences, chantait, jouait de sa guimbarde et de son koumouz. Il demanda alors aux dragons de guider le choix du voyageur, en lui faisant placer une médaille sur chaque carte.


La musique s’arrêta alors. Il sortit un papier d’une bourse, et souleva la carte sous la médaille qui était dessinée sur le manuscrit: un trois de trèfle, la préférée du voyageur.
A ce moment, l’étranger eut encore cette impression de chute dans le vide. Trois cartes, trois pièces, un trois de trèfle. Il regardait sa montre : elle était arrêtée à trois heures…

La lampe à pétrole semblait avoir redoublé d’éclat et il cru que la guimbarde s’était remise à jouer...


La vieille dame s’arrêta de parler, nous étions stupéfaits par l’histoire qui venait de se jouer devant nous, d’autant plus que le lendemain soir, le Khan Tengri revêtait encore sa robe pourpre...